-DjacK-
Les méandres d’une vie d’artiste me mènent à écrire aujourd’hui cette réflexion sur le Land Art. Le Earth Work lance le mouvement dans les années 70 avec une œuvre monumentale faite de roches, terre et cristaux de sel, au bord d’un grand lac de l’Utah. Je ne vais pas vous rappeler tout l’historique du mouvement mais plutôt témoigner de mon expérience.

La vie m’a fait beaucoup voyager et remettre la sculpture à plus tard, pensant que celle-ci exigeait une sédentarisation liée au besoin de l’atelier avec des matériaux lourds. Cependant au fil des années, sans vraiment m’en rendre compte, je ramassais au cours de mes voyages ou de simples promenades en forêt, souvent au bord de l’eau, des bouts de bois, de plumes, des cailloux, des objets abandonnés que je ramenais chez moi pour jouer de leur s volumes, les assembler, leur donner un sens. Insufflé par toutes les constructions, formes de prières, de totems, autels, balises ou autres intentions mystérieuses, édifiées à la croisée des chemins dans la campagne que je traversais, j’entrepris un jour d’agir sur le lieu même de mon inspiration, de me laisser guider par la sensation vibratoire du site, d’une situation, d’intervenir en utilisant la matière alentour à la disposition..

Depuis l’enfance émerveillé par la nature, j’y perçois aujourd’hui une dimension spirituelle que je concrétise par ces réalisations solitaires comme une offrande, un remerciement d’être témoin de la vie de cet endroit à cet instant.
Je tresse des joncs, dresse des équilibres de pierres, assemble des galets, suspends des mobiles de plumes et de bois flottés dans une sorte de transe chamanique, de communion avec les éléments.
En fait je me rends compte que je ne me suis jamais éloigné de la sculpture ou plus exactement qu’elle ne m’a jamais quitté. La sculpture est en moi comme tous les arts sont en tous les hommes si l’on veut bien les cultiver, y semer les principes de la perception pour l’éveil de l’esprit.

Le Land Art est lié à l’histoire de l’humanité. La signification même du mot Land ainsi que du terme Earth Work nous ramène au commencement de la vie des hommes sur terre avec cette notion d’éphémère, rapport à la matière qui l’apparente à l’esprit zen.

L’homme modelé par la Nature a naturellement modelé son environnement, le transcendant. Il a travaillé la terre, levé des pierres, magnifié des cavernes, sculpté des montagnes, empaqueté des monuments et illuminé le ciel.
Les hommes des premiers temps se faisant cultivateurs étaient déjà des paysagistes, j’aspire avec humilité à devenir l’un de ces jardiniers, d’ajouter un équilibre, une pierre à l’édifice.